Attaques contre la Sécu : encore des désengagements

De nouveau et inadmissibles désengagements qui vont augmenter la part des assurances complémentaires

(Article pris sur France Info)

Les parlementaires examinent actuellement le plan de financement de la Sécurité sociale pour 2011. Et cette année encore, l’heure est aux économies. Si les députés confirment les pistes avancées, les patients ne seront pas épargnés…

Les explications de Jean-Paul Geai, rédacteur en chef de Que Choisir  (6’28″)



La première chose à laquelle les patients doivent s’attendre est l’augmentation de 1 € du prix de la consultation chez un médecin généraliste à compter du 1er janvier prochain. Le tarif de la consultation médicale passera donc à 23 €.
Cette décision a été prise avant l’été, mais il était aussi question de diminuer la prise en charge de cette consultation par la Sécurité sociale, en ramenant son taux de remboursement de 70 % à 69,5 %. Finalement, cette hypothèse a été abandonnée dans le plan de financement de la Sécurité sociale pour 2011.

Les médicaments n’échappent pas à la cure d’austérité. Les médicaments actuellement pris en charge à 35 % par l’assurance maladie, c’est-à-dire les médicaments à vignette bleue, ne seront plus remboursés qu’à 30 % sauf s’ils sont prescrits dans le cadre d’une maladie de longue durée, comme le diabète, le cancer, le sida…
On parle aussi d’augmenter certains seuils à partir desquels sont calculés les forfaits qui restent à la charge des patients… En effet, le seuil à partir duquel est appliqué le forfait de 18 € sur les actes lourds, comme les opérations chirurgicales par exemple, devrait passer de 91 € à 120 €. En dessous de ce seuil, la participation de l’assuré étant de 20 %, du moins à l’hôpital, cela va mécaniquement occasionner des frais supplémentaires pour les patients. Ainsi, quand pour un acte facturé 115 €, l’assuré payait 18 €, à compter du 1er janvier, il va devoir débourser 23 €.

Les maladies chroniques sont également visées…
Les patients en affection longue durée (diabète, cancer…) ne seront plus systématiquement remboursés pour les dépenses de transport. Et les bandelettes qu’utilisent les diabétiques qui ne s’injectent pas d’insuline pour mesurer leur glycémie, seront remboursées sur la base d’un forfait qui reste à définir.

Au final, tous ces désengagements de l’assurance maladie vont mécaniquement reporter le ticket modérateur, c’est-à-dire ce qui reste à la charge de l’assuré, sur les assurances complémentaires santé.
Ne risque-t-on pas dès lors de voir ces complémentaires santé augmenter leurs tarifs ? Si, et elles ne s’en cachent guère. D’autant qu’elles vont devoir supporter de nouvelles taxes qu’elles ne manqueront pas de reporter sur les cotisations payées par les assurés. D’ailleurs leurs tarifs ont sérieusement augmenté ces dernières années. Et ce n’est pas fini… Au risque de devenir insupportables pour les ménages à revenus modestes.

Les offres en matière de complémentaires santé sont pléthoriques : publicités dans les boîtes aux lettres, offres alléchantes via Internet, démarchages par téléphone et il est souvent difficile de faire le tri.
Il est vrai que les baisses de remboursement successives de la Sécu ont fait flamber les dépenses laissées à la charge des assurés, ouvrant un boulevard aux mutuelles, aux organismes de prévoyance et, surtout, aux assurances privées.
Il existe aujourd’hui quelque 870 organismes complémentaires, dont un certain nombre ont largement profité de la dérive du système, c’est-à-dire du désengagement de la Sécurité sociale. Entre 2001 et 2008, on a calculé que, alors que les primes ou cotisations payées par les assurés avaient augmenté en moyenne de 44 %, les remboursements versés aux assurés n’avaient, eux, progressé que de 27 %. En clair, le taux de redistribution, c’est-à-dire le rapport entre le total des primes encaissées et le total des prestations servies aux assurés, est passé de 89 % à 78 %. Ce qui prouve qu’aujourd’hui certains organismes dépensent davantage en frais de gestion et de publicité pour attirer de nouveaux « clients » qu’en meilleurs remboursements des dépenses de santé.

En même temps, les offres de ces complémentaires sont un peu comme celles de opérateurs de téléphonie. Elles sont si compliquées que toute comparaison entre les contrats est quasi-impossible. Une uniformisation des pratiques en la matière pourrait permettre une meilleure visibilité.
Quand un contrat indique un remboursement à « 100 % du tarif de la Sécurité sociale », combien de personnes savent que ce n’est pas 100 % de la dépense engagée, mais seulement 100 % du montant remboursé par l’assurance maladie ? Certaines offres expriment leurs remboursements en pourcentage du « tarif de convention », d’autres du « ticket modérateur », d’autres encore du « plafond de la Sécurité sociale ». Pour l’assuré, ce n’est franchement pas clair. Il faut absolument améliorer la lisibilité des tableaux de garanties afin de permettre au grand public de pouvoir comparer facilement les contrats entre eux, afin de choisir celui qui correspond le mieux à leurs besoins. Roselyne Bachelot, la ministre de la Santé, s’est engagée à le faire. L’Unocam, l’Union nationale des organismes d’assurance maladie complémentaire, également. Mais pour l’heure, ce ne sont que des promesses alors que le passage par une bonne complémentaire santé est aujourd’hui obligé pour se faire soigner.



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